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Au-delà de la communication institutionnelle, l’édition électronique... -

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Le site de l’École nationale des chartes se distingue par une offre documentaire d’un grand intérêt pour les étudiants comme pour les enseignants et les chercheurs. Gautier Poupeau, responsable technique et éditorial du site web de l’École nationale des chartes nous éclaire, dans cet entretien, sur la genèse du site et les choix qui président à ces propositions originales. L’histoire du site de l’École se confond avec le parcours de ce jeune homme, devenu ingénieur d’étude, féru d’édition électronique. Son travail est reconnu internationalement, au-delà des hiérarchies de statut qui pèsent lourdement sur le dynamisme institutionnel pourtant requis pour participer à l’éclosion de l’Internet français en Sciences humaines.

Observatoire critique — Dans le paysage français de l’Enseignement supérieur impliqué dans l’étude du patrimoine des sources écrites, domaine fréquenté par de nombreux historiens de l’art, le site Internet de l’École des chartes fait figure d’exception. En effet, les rubriques Elec pour l’édition électronique et Thélème pour les dossiers pédagogiques proposent des développements documentaires peu communs. Pouvez-vous retracer les grandes étapes de la conception et du développement de ce site ?

Gautier Poupeau — Diplômé d’une maîtrise en Histoire médiévale et d’un DEA en Sciences de l’Information à l’ENSSIB, je suis arrivé à l’Ecole des chartes à la faveur d’un emploi-jeune en 2001. On m’a demandé de réaliser un site web qui assure la communication institutionnelle de l’Ecole ainsi que de participer au enfonctionnement du portail Menestrel. Une fois menée à bien cette première mission, j’ai proposé de mettre le site à profit pour que des ressources y soient accessibles. Ce sont tout d’abord les positions de thèses enregistrées sur des disquettes, ce qui était disponible à l’époque, qui ont permis d’initier le mouvement. Très rapidement, avec Marc Smith, Professeur de paléographie, rapidement suivi par Olivier Guyotjeannin, Professeur de diplomatique et d’archivistique médiévale, nous avons mis en ligne les premiers éléments de Thélème, ces manuscrits numérisés assortis de « bulles », les transcriptions, qui apparaissent au passage de la souris, sur chaque membre de phrase.... Cette réalisation, plus spectaculaire que complexe à réaliser, devait d’ailleurs s’avérer très efficace pour saisir l’occasion qui se présentait avec la préparation du Plan quadriennal 2002-2006.

Ceci est l’étape qui nous a permis de passer à un autre stade de projet et de développement, à savoir, une véritable politique d’édition électronique. La conjonction de l’arrivée d’une nouvelle directrice à l’École, Anita Guerreau-Jalabert, et la préparation de ce Plan dans lequel un chapitre devait être dédié aux TIC, nous ont contraint fort heureusement à définir un projet de mise en ligne de ressources produites par l’Ecole et à établir un programme d’édition électronique. Nous sommes un établissement d’enseignement et de recherche et la mise en ligne des ressources et travaux propres à l’École se devait d’en rendre compte au plus près. Dans ce contexte, afin de convaincre les tutelles et d’obtenir des moyens, nos « manuscrits à bulle » ont beaucoup impressionné nos interlocuteurs ! Nous avons alors obtenu un poste de conservateur des bibliothèques et d’ingénieur d’étude et monté un véritable Service de recherche et valorisation, avec l’appui sans faille de la nouvelle directrice.

O. C. — Quelles ont été les caractéristiques de cette politique d’édition électronique ?

G. P. — En fait, nous avons été pris par l’engagement ambitieux que nous avions déterminé. C’est dans la pratique, en avançant, que les principes qui sous-tendent cette politique se sont dégagés de plus en plus clairement. En premier lieu, il s’est agi de partir de l’activité de recherche de l’Ecole, c’est-à-dire d’une activité de recherche sur les sources. Ce qui a pour première conséquence de différencier nettement l’édition électronique de ce qui ressortit à l’offre d’une bibliothèque numérique. Notre travail est bien de mettre en forme une approche d’édition critique sur les sources au lieu de les mettre simplement en ligne, sous la forme de fac-simile. Ceci induit également une autre caractéristique de la démarche que nous avons adoptée ; nous nous situons dans un système d’édition qui peut déboucher aussi bien sur le support papier que sur le support électronique. Dans cette perspective, la présentation du texte, qu’il s’agisse du découpage ou de la mise en page ou encore de la typographie, reste homogène au regard de ces deux issues possibles. Bien évidemment, il s’agit aussi de tirer parti de ce que procure le numérique. Ce que j’ai l’habitude de résumer par : « l’édition électronique change tout et rien » [1]. L’accès aux données est transformé par le numérique, aussi bien par les propriétés de l’hypertexte que par les moteurs de recherche ou encore par les possibilités de relation du texte et des images, l’image pouvant d’ailleurs être une des formes adoptées par le texte.

Les deux parti-pris évoqués ci-dessus ont également eu une valeur heuristique pour favoriser l’appropriation par les chercheurs du mode électronique. Sur cette question-clé de l’appropriation, il y a des approches sensiblement divergentes. Ainsi, par exemple, Marin Dacos [2] avec qui j’ai beaucoup travaillé, pense que l’objectif en la matière est que les chercheurs maîtrisent la technologie même de l’édition électronique ; même si sa position me paraît essentielle, je suis plutôt enclin à penser que l’enjeu pour les chercheurs est de s’approprier les supports de publication, les applications qui permettent leur exploitation sous forme numérique comme ils le font avec le support imprimé.

O. C. — Considérez-vous que ces objectifs d’appropriation soient atteints ?

G. P. — Je considère, en effet, que nous arrivons au terme d’une phase d’appropriation des outils de traitement des données (hypertextualité, modes de recherche, etc.). Désormais, l’enjeu s’est déplacé avec l’importance prise par l’Internet comme média ; il s’agit maintenant de combiner l’édition électronique et le traitement des données primaires directement en ligne. C’est d’ailleurs un enjeu clairement perçu, bien au-delà de notre cas, avec le problème crucial de pouvoir assurer la pérennité des ressources de l’édition électronique. D’ailleurs, le CNRS a lancé l’an dernier l’initiative des centres de ressources numériques qui vise à proposer des plateformes de mutualisation des éditions électroniques issues de la recherche, assurant la pérennité des données par l’utilisation de standards ouverts et libres. L’expérience d’Elec mais aussi sa limitation naturelle aux productions de l’Ecole nous ont fait réfléchir à cette nouvelle étape dans laquelle nous avons un rôle à jouer. Il nous a paru intéressant de s’associer à l’initiative du CNRS, en collaboration avec l’IRHT [3]. Cela a abouti à la mise en place de Telma, qui propose une plate-forme de diffusion des travaux liés aux sources historiques (éditions critiques et entreprises de repérage de sources) qui suit la norme OAIS [4] afin d’en assurer l’accessibilité et la pérennité. Telma vient juste d’être mis en ligne, il est ouvert aux travaux de recherche sur les sources écrites, toutes périodes confondues. Des chercheurs de toutes provenance peuvent ainsi archiver et valoriser leur production critique.

O. C. — Pour revenir au site de l’École des chartes, Theleme propose un outil original d’étude des textes anciens qui combine notices, transcriptions, traductions et commentaires à un facsimilé interactif que nous avons déjà évoqué. Annoncée comme une forme de cours en ligne, quelle place effective cette offre pédagogique en ligne tient-elle dans les pratiques d’enseignement de l’Ecole ?

G. P. — En fait, ces dossiers pédagogiques proposés sur Thélème sont doublement liés à l’activité de l’École. D’une part, ils sont le fruit de travaux d’étudiants. Dans leur cursus, ceux-ci apprennent à traiter un manuscrit : à le transcrire, le traduire, l’étudier sous le jour de la paléographie, de la diplomatique ou encore de la linguistique ; ces travaux peuvent être finalisés, en connaissance de cause, par la mise en ligne d’un dossier. Les enseignants y apportent des corrections mais parfois la signature de l’étudiant(e) atteste de la qualité du travail accompli. D’autre part, ces dossiers librement accessibles font l’objet d’une fréquentation importante car ils répondent à une demande très forte à laquelle l’École ne peut répondre [5]. Ainsi, ces dossiers sont étudiés par des étudiants qui n’ont pu être admis ou qui poursuivent des cursus connexes, en France mais aussi à l’étranger. Ils constituent également des exercices aisément accessibles dans le cadre de la formation permanente ; plus largement, les amateurs s’y familiarisent avec les méthodes de l’analyse critique des sources. Thélème représente un support pédagogique rigoureux et utile à un public élargi sans porter atteinte à l’excellence de l’École.

O. C. — On peut penser que la création dans le cursus de l’Ecole d’enseignements liés aux nouveaux médias manifeste la prise de conscience que les nouveaux Chartistes devront aussi maîtriser l’édition électronique ...

G. P. — Ces enseignements sont de création récente, en effet. Dans le cadre des deux premières années, les étudiants suivent une formation au traitement des données avec les applications bureautiques. En troisième année, ils se forment aux technologies d’information et de communication appliquées aux archives et bibliothèques. Enfin, en Master, une nouvelle formation sur les relations entre l’histoire et ces technologies est proposée. A l’heure actuelle, aucune promotion n’en a encore fait l’expérience en totalité. Quoi qu’il en soit, cette offre de formation manifeste une cohérence que le site a sans doute aidé à rendre actuelle.

O. C. — Pour conclure, pouvez-vous nous indiquer les réalisations d’autres centres de recherche à l’étranger qui retiennent votre intérêt, dans votre domaine mais peut-être aussi dans d’autres ?

A vrai dire, je me concentre surtout sur la veille technologique au sens où je me tiens informé des nouveaux outils, des nouvelles normes qui concernent l’édition électronique et plus généralement la gestion de l’information numérique. Je participe à des commissions internationales comme, par exemple, la TEI [6] Mais je me tiens tout de même informé des réalisations dont je me sens proche. Par exemple, les réalisations du Centre for Computing in the Humanities du King’s College, comme l’édition des rouleaux d’Henry III ou encore du Humanities Computing and Media Centre de l’université de Victoria au Canada. Cette proximité n’est pas seulement le fait d’objets communs de recherche et de mise en œuvre. Je parle ici de la proximité d’une démarche, celle des Digital Humanities, que l’on peut traduire par l’ingénierie numérique au service des Sciences humaines. Mais ce qui n’est pas rendu par la traduction et qui est pourtant décisif dans cette démarche, c’est le type de coopération engagé entre informaticiens et chercheurs en Sciences humaines. Ceci nous manque si cruellement en France et reste hypothéqué pour l’instant par une inadéquation entre nos fonctionnements institutionnels et les nouvelles coopérations qu’il faut mettre en œuvre. C’est une question véritablement politique et essentielle si nous voulons mettre en place une politique d’édition et de recherche ambitieuse, efficace et pérenne, à l’aide de ces technologies.

Propos recueillis par Corinne Welger-Barboza.

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[1] Cf. l’article du Médiéviste et l’ordinateur

[2] Marin Dacos, Chercheur à l’EHESS, est l’initiateur et le responsable scientifique de la fédération de revues en ligne, revues.org

[3] Institut de Recherche sur l’Histoire des Textes

[4] La norme OAIS définit un modèle de référence pour les archives scientifiques numériques qui garantit l’accessibilité du document archivé. On en trouve une description synthétique et claire dans ce document du CINES

[5] Il faut rappeler ici que l’Ecole des Chartes admet chaque année 25 étudiants sélectionnés par un concours d’entrée

[6] Text Encoding Initiative : consortium qui a produit un langage de balise des textes littéraires et scientifiques. Voir les billets que Gautier Poupeau y consacre sur son blog, lespetitescases.net







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