Par Corinne Welger-Barboza
> English Introduction
Précisons que le panorama proposé en ouverture de ce dossier ne vise pas le repérage exhaustif des sites des unités de formation et de recherche en histoire de l’art. Il procède à l’inventaire des façons propres à l’institution d’exploiter l’environnement du web ; les liens
proposés vers les pages des sites envisagés ont simplement valeur d’illustration. Ces exemples composent un échantillon. L’exercice a pu prendre appui sur deux répertoires importants :
Braintrack, annuaire mondial des universités, et l’Index des sites web des départements d’histoire de l’art à travers le monde, outil fort utile (même si certains liens ne sont plus actifs) élaboré par la défunte Association des webmestres en histoire de l’art
. Précisons enfin que l’archéologie n’est pas traitée ici : elle fera l’objet d’un prochain dossier.
La sélection de sites qui nourrit ce panorama puise dans l’offre actuelle, sans préjuger de l’importance reconnue à telle ou telle entité, du point de vue de la discipline ; les exemples sont pris aussi bien dans des petites ou moyennes universités ou encore dans d’autres qui échappent à notre champ de vision. Car du point de vue de cette enquête, la cartographie établie des centres notoires est sensiblement déstabilisée quant à la façon d’investir le nouvel environnement.
L’analyse des sites de formation supérieure et de recherche en Histoire de l’art permet de mettre au jour un certain nombre de traits communs qui se rapportent directement à la mission de ces institutions. Mais souvent, les fonctions convenues et la façon de les communiquer et aussi de les « outiller » (au sens informatique du terme) peuvent donner leu à des impulsions neuves ... Par cet inventaire des façons de faire, nous espérons éclairer certains enjeux de l’engagement dans des politiques de numérisation ouvertes sur le réseau et peut-être stimuler l’initiative quand elle manque encore à se manifester.
La communication institutionnelle
Dans le droit fil de la communication institutionnelle établie, les sites web fournissent à l’institution l’opportunité de se présenter. A minima, le département affiche en quelques lignes son approche et ses atouts dans la discipline ; parmi de multiples exemples, l’université de San Diego (U.S.A.).
Quand il y a lieu, le Département en appelle à l’histoire et à une réputation nourrie par un passé prestigieux, comme à l’université Paris IV (France) où d’illustres prédécesseurs sont convoqués. Dans cette perspective, la présentation de l’université de Cambridge (U.K.) est exemplaire car elle est indissociable, et des liens directs l’illustrent d’entrée de jeu, de l’environnement formé par son musée Fitzwilliam et sa fameuse bibliothèque. Parfois la présentation est incarnée grâce au message de bienvenue dans une vénérable maison, délivré par le Directeur comme à l’université de Yale (U.S.A.)
Certaines universités proposent une visite virtuelle, comme Les Etudes historiques qui hébergent le département d’histoire de l’art de l’université de Birmingham (U.K.) incluant la localité de Stratford-upon-avon dont l’aura est sensée baigner l’université elle-même ... Ou encore L’Ecole du Louvre(France)
. Ou encore comme à l’université de Sheffield (U.K.).*
Davantage ancrée dans la contemporanéité, la plupart des sites universitaires vante les conditions de vie sur le campus, comme par exemple, l’université de Reading (U.K.)
qui lance des invitations à la visite.
D’une façon générale, l’appropriation de ce nouveau mode de communication n’est pas encore investie au point que les unités d’histoire de l’art fassent part des évènements qui animent leur
vie. La plupart du temps, l’évènementialisation d’une actualité, - telle qu’une célébration, la réception d’invités de marque, une inauguration, une soutenance de diplôme, etc. - reste l’apanage du site général de l’université. Mais certains départements commencent à déroger à la règle, comme par exemple, l’université californienne de Riverside (U.S.A.). Pour ce qui est de l’université de Princeton (U.S.A.), ce sont les expositions et les lectures de ses prestigieux invités qui accueillent le visiteur.
L’information pratique et académique
Toute section d’histoire de l’art d’université ou d’institut supérieur de formation (selon les pays et les traditions, le couplage avec l’archéologie peut céder la place à une alliance avec les arts
visuels, le design ou l’architecture) informe les étudiants des
conditions d’accès et des cursus par degré. Mais l’information s’accompagne désormais, dans la plupart des cas, d’un lien actif,
l’adresse e-mail, avec les personnels administratifs et les enseignants. Ce qui distingue les établissements, de ce point de vue, c’est l’offre d’un annuaire plus ou moins complet. La tendance est à l’affichage de l’organigramme exhaustif des personnels en charge
administrative, technique ou pédagogique de ces unités. Et surtout, la mise en ligne des adresses e-mail favorise la communication directe pour s’informer et s’inscrire ; à l’exemple de l’université de Bâle (Suisse)ou de
l’université de Rhodes (Afrique du Sud).
L’inscription en ligne, dans les cas encore peu nombreux où elle est proposée, reste majoritairement du ressort du site général de l’université, .comme par exemple à l’université Paris X (France). Toutefois, certains départements ont mis en place des formules d’inscription pédagogique par le web, comme à l’université de Victoria
(Canada).
L’information fournie aux étudiants, au-delà de l’information
administrative et académiqe générale, déborde parfois vers la définition des qualités et compétences visées par l’étude de l’histoire de l’art, comme à l’université de Cambridge(U.K.).
Du descriptif au support de cours
La mise en ligne de l’offre de formation détaillée présente des distinctions plus importantes. Le plus souvent, on procède encore à la présentation succincte des cours : un simple intitulé, la mention de l’enseignant officiant et un bref descriptif trahissent le fait qu’on transcrit sur une page web ce qui figurait jusqu’alors sur une brochure imprimée. Dans nombre de cas, un fichier PDF vient concrétiser ce type de transfert. Le web, cependant, semble encourager la mise en ligne de plans de cours, accompagnés de références bibliographiques
circonstanciées, comme par exemple, à l’université de New York (U.S.A.).
Des initiatives se font jour où la présentation des cours est développée encore davantage : la bibliographie plus ou moins conséquente est accompagnée de documents iconographiques. Par exemple, l’université de Bologne (Italie), tout en empruntant une mise en forme très rudimentaire, propose des dossiers d’images circonstanciés à télécharger.Ou encore à l’université d’Auckland (Nouvelle Zélande)
où les cours donnent lieu à une présentation très complète, détaillant le plan et la démarche adoptés, sans compter les ressources de tous ordres qui accompagnent l’ensemble. La seule restriction est que la base des documents iconographiques associée n’est accessible qu’aux étudiants inscrits ; restriction levée pourtant par un collègue du même département, à l’occasion de son cours sur Rembrandt.
On ne peut toutefois assimiler ces initiatives, individuelles et disparates, à des cours en ligne. Ceux-ci, font partie la plupart du temps d’une offre d’enseignement à distance et demeurent du
ressort de l’institution, destinés aux seuls inscrits. On ne trouve rien d’équivalent, en tous cas, à l’initiative du MIT Open Course Ware (U.S.A.) où l’on se référera à la rubrique Architecture pour trouver aussi quelques unités sur les arts visuels et médiatiques.
La présentation/représentation des enseignant(e)s
La présentation des enseignants, liée ou non aux présentations de cours, adopte encore souvent la forme minimale du Nom, du titre et de l’adresse e-mail (la possibilité du contact direct tend à s’imposer). Toutefois, la mise en ligne encourage la personnalisation de la présentation des individus. Souvent, les enseignants présentent leurs publications scientifiques, comme par exemple à l’université de Dublin (Irlande)
ou comme à l’université de Götteborg (Suède)
.
La tendance est à la présentation de soi et les fiches sont de plus en plus souvent accompagnées d’une photographie. Voici, par exemple, le Professeur Martin Kemp à l’université d’Oxford (U.K.). A l’université de Freibourg (Allemagne), la Professeure Dr Angeli Janhsen propose une fiche plus complète : photographie, biographie, publications dont un certain nombre en ligne. On remarque que ses doctorants ne sont pas oubliés.A l’université Mac Gill (Canada), la Professeure Charmaine Nelson ajoute à ces éléments des liens vers l’archive audio-visuelle des conférences qu’elle a organisées.
Au-delà de la simple identification, certains enseignants chercheurs investissent le web pour constituer une documentation originale, en relation avec leurs spécialités, en tirant parti des propriétés de structuration des informations du web (bases de données, architecture
hypermédia). Ainsi, par exemple, le Professeur Lambrechts àl’université de Louvain (Belgique) a conçu des pages consacrées à un sujet d’étude, support aisément exploitable par les étudiants.
Souvent, les enseignants chercheurs confectionnent de véritables sites sur lesquels on accède à de multiples articles ou dossiers ; ainsi du Professeur Robert Derome de l’université du Québec à Montréal (Canada).
Parfois même, leur présentation au sein du département renvoie à une page personnelle où ils s’expriment plus librement tout en mettant une partie de leur production en ligne ; c’est le cas, par exemple, du Professeur Jeffrey Howe du Boston College (U.S.A.).
Il faut souligner l’hétérogénéité des présentations au sein de chaque département ; le web favorise l’autonomie des initiatives individuelles qui s’épanouit dans l’absence de normes institutionnelles en la matière. Toutefois, les renouvellements nombreux des sites, ces derniers mois, manifestent une tendance à la normalisation des présentations. Celle-ci prend appui, de toutes façons, sur les formes explorées par les individus pionniers. Quoi qu’il en soit, ces exemples montrent surtout qu’une logique de publication s’immisce jusque dans l’information conventionnelle sur les équipes enseignantes, grâce à la logique hypertextuelle et hypermédia qui brouille le contour des partitions traditionnelles de l’information académique. Favorisées par les propriétés d’actualisation et d’archivage du web, ces nouvelles formes de publication déjouent les contraintes du support imprimé, qui ne consigne le plus souvent qu’une information minimale, peu investie par les enseignants, information lapidaire qui plus est semestrielle si ce n’est annuelle.
Aux étudiants, la portion congrue
Hormis l’information administrative et académique qui leur est dispensée, il est fait peu de place à l’expression propre des étudiants. Ce qui domine est la mention des promotions ou de l’association des anciens élèves du département. Toutefois, à ce titre, on relève quelques
initiatives qui mettent une partie du site à leur disposition. A l’UCLA (U.S.A.), chaque promotion rejoint l’association des anciens étudiants qui tient sa propre page web. Quelques fois, l’offre se fait plus originale. Par exemple, à l’initiative du Professeur Derome de l’université du Québec à Montréal (Canada), la photographie des œuvres d’art du campus, réalisées par ses étudiants dans le cadre d’un de ses cours, figurent sur le site du département. Parfois, le département prend à sa charge de nourrir les échanges entres anciens étudiants et nouveaux venus, par la mise en place d’une lettre d’informations et d’un forum, comme par exemple, à l’université Barnard (U.S.A.).
Lorsque les départements d’histoire de l’art sont couplés à la formation artistique, ce sont les travaux des promotions étudiantes successives qui sont mis en ligne. Comme à l’université du Colorado (U.S.A.) ... Ou encore à l’université californienne de Sacramento (U.S.A.) où les étudiants ont réalisé une fresque à même les murs du département. Saluons avec d’autant plus d’intérêt, l’initiative de l’université de Lille III , dans le cadre du cours "Arts et Nouvelles Technologies : Dissidences Numériques". Partie prenante du phénomène considérable de la propagation des blogs, les enseignants de cette section auront sans doute mesuré tout le potentiel pédagogique de ce type de réalisation.
De l’accès aux catalogues à l’accès aux documents
Les sites favorisent l’accès à toutes sortes de ressources documentaires. Nous proposons ici une gradation des opportunités exploitées par les sections d’histoire de l’art qui va de l’accès à
des catalogues de références jusqu’à des propositions très riches de documents écrits et visuels conçus pour le web.
Dans de très nombreux cas encore, les départements s’en tiennent à indiquer les conditions de fréquentation des bibliothèques, centres de documentation ou photothèques/diathèques locales. Ainsi, ils ne dérogent en rien à ce qui pouvait figurer sur la brochure traditionnelle.
Parmi des centaines d’exemples, on peut indiquer la présentation du fonds de la bibliothèque de l’université de Fribourg (Suisse) ... Ou encore celle de la photothèque de l’université de Tchéquie
En l’occurrence, cette présentation bien statique est heureusement compensée par des liens vers des sites où l’on trouve toutes sortes d’images directement utilisables.
Peuvent figurer désormais dans ces présentations des informations sur les conditions de fréquentation des laboratoires de numérisation des images qui remplacent peu à peu les laboratoires de photographie, comme par exemple, à l’université de Laval (Canada).
Toutefois, et de plus en plus souvent, c’est la consultation en ligne des catalogues de références qui est proposée. En premier lieu, les catalogues de bibliothèques locales, comme à l’université de Padoue (Italie) ... Ou encore à l’Institut de recherches esthétiques de Mexico(Mexique) .
Dans la plupart des cas, le lien vers les bibliothèques se trouve sur le site général de l’université. Comme à l’université de Paris 1 (France) , dans la sous-rubrique des informations adressées aux étudiants ... Ou encore sur un serveur du service commun de documentation à l’université, comme à l’université de Poitiers (France) où l’on s’est doté d’un outil d’interrogation "multi-bases" des catalogues en ligne... Ou comme à l’université de Berkeley (U.S.A.) où une partie entière du serveur est dédiée aux bibliothèques et autres ressources proposées à la collectivité.
L’image, ressource privilégiée
Denrée d’élection pour la discipline, la numérisation de l’image permet bien évidemment de passer de la présentation des fonds à l’offre des images elles-mêmes. De nombreuses universités se sont lancées dans ce type de service. Mais le plus souvent, ces images sont réservées aux étudiants inscrits. C’est le cas, par exemple de l’université de Louvain (Belgique)
... Ou encore de l’université de Princeton (U.S.A.) qui a mis en place un système très
développé de ressources numérisées mais réservées à la population du
campus. Pourtant certains départements ont créé des bases d’images accessibles à tous, à partir de leur photothèque, comme à l’université de Sienne (Italie) -
... Ou encore à partir de la bibliothèque en ligne, comme à l’université de Harvard (U.S.A.) où un système de portfolio permet à l’utilisateur d’exporter sa sélection pour son usage propre (projections, insertion dans des documents, etc.). Dans certains cas, ces bases d’images sont mutualisées par les universités d’une même région ; en l’occurrence, la Californie est particulièrement active dans le domaine avec, par exemple, la base LUCI
L’offre d’images d’œuvres est favorisée par la présence sur les campus de collections muséales, ce qui est le cas de nombreuses universités anglo-saxonnes, comme par exemple, à l’université d’Oxford (U.K.) où un certain nombre d’institutions mettent en ligne des corpus d’un grand intérêt scientifique, tels que la Ruskin School ou encore la Bodleian Library ... Ou encore, l’université
californienne de Riverside (U.S.A.) qui abrite le Musée californien de la photographie... Ou enfin l’université de Yale (U.S.A.) où la mise en ligne de la collection s’accompagne d’écrits sur l’art [1].
Vers une production documentaire circonstanciée
S’émancipant de la présentation ou de l’accès à des ressources existantes, un nombre croissant de sites exploite de façon plus inventive les possibilités de mise en ligne et proposent des
documents conçus spécifiquement pour le web. On retrouve, dans ce registre, l’importance de l’initiative individuelle, déjà envisagée dans le paragraphe consacré aux enseignants. On peut encore ajouter ici la réalisation du Pr Ross Woodrow de l’université de Newcastle (Australie)
qui propose un dossier didactique illustré sur les théories de l’image.
Mais il n’est plus rare que les départements prennent la main, dans ce registre. L’université de Bochum (Allemagne) propose des petits dossiers sur
des artistes ... Ou encore, de façon plus conséquente, l’université de Concordia (Canada) est à l’origine de plusieurs sites nourris sur des artistes et des collections.
La dynamique du réseau incite à la constitution de corpus qui rassemblent les ressources de plusieurs institutions pour fournir de nouveaux supports documentaires aux étudiants, comme par exemple, la plateforme suisse Artcampus dont l’accès n’est malheureusement pas totalement ouvert.
Dépassant la capacité d’initiative des département, des réalisations d’envergure peuvent également résulter de partenariats avec des institutions patrimoniales de la région ou du pays. Citons ici l’une des réalisations les mieux connues en France, le Bildindex der Kunst und
Architektur des Bildarchivs Foto Marburg. , initié par l’université Phillips (Allemagne).
A l’initiative d’une production numérique locale aussi bien que de partenariats internationaux pour de nombreux projets ambitieux, l’université de Berkeley est exemplaire pour son offre de bases de textes et d’images qui intéressent, pour une grande part d’entre elles, les historiens de l’art.
Enfin, une mention particulière doit être faite de l’université Columbia de New-York (U.S.A.). Celle-ci se distingue en faisant converger une palette impressionnante de moyens, de techniques et de compétences pour proposer une véritable politique de numérisation à la
disposition des enseignants et des chercheurs. En effet, en intégrant le Visual media Center for Art History, Architecture and Historic
preservation au département, un grand nombre de projets de bases d’images sont proposées ou mises en chantier. Mais au-delà, toutes sortes de supports pédagogiques
sont conçus et réalisés qui mobilisent tout l’arsenal des techniques (de la cartographie dynamique à la visite virtuelle de grande qualité, en passant pas des dossiers hypermédias très sophistiqués ou la mise à disposition de corpus de textes sources, de bibliographies ou encore
d’analyses animées de plans d’édifices ou d’oeuvres peintes...) ; la liste impressionnante des réalisations donne à lire la sédimentation de la maitrise des techniques numériques et hypermédias relevant de la brève histoire du web. Cette véritable "médiathèque" interactive
manifeste surtout une forte volonté : adapter chaque réalisation aux visées spécifiques de chacun des domaines traités par l’histoire de l’art (de l’archéologie et l’histoire antique aux périodes contemporaines, y compris l’architecture ou les différentes ères chrono-culturelles). Une seule réserve : les critères au nom desquels une partie des documents mis en ligne sont réservés aux usagers du campus ne sont pas explicites ; fort heureusement, une part importante est accessible à tous.
Même si, au regard de ce dernier exemple, elle peut paraitre modeste, c’est ici que mérite d’être mentionnée la production de l’Ecole des Chartes (France) (Voir Elec et Thélème). Au-delà de l’édition en ligne de précieux corpus d’étude, la vénérable institution propose des outils d’exploitation des documents, outils
interactifs forgés en adéquation avec des pratiques scientifiques particulières (diplomatique ou paléographie assistées par ordinateur). Ce faisant, l’Ecole des Chartes s’inscrit dans un vaste mouvement d’innovation pédagogique dans l’environnement du web.
D’une façon générale, ce que nous avons qualifié de production documentaire spécifiquement destinée au web peut se résumer à l’invention polymorphe de dossiers hypertextuels ou hypermédias ; ils mettent à mal les représentations simplificatrices d’une offre d’enseignement à distance reprenant les schémas du cours magistral.
La technologie progressivement enrôlée par la recherche
On doit consacrer une attention particulière aux unités de recherche, qu’elles soient incluses dans des départements d’université ou qu’elles constituent des centres plus importants et autonomes. Outre la présentation des structures elles-mêmes et des équipes qui les composent, - de ce point de vue, l’usage du web ne se différencie pas essentiellement de celui des unités de formation -, ces entités sont à même de trouver des débouchés plus évidents et surtout plus élaborés dans cet environnement D’une part, si certains centres de recherche bénéficient de riches ressources locales, souvent des centres de documentation ou encore des collections patrimoniales (archives, bibliothèques, musées), l’offre en ligne s’enrichit encore d’une
production liée à l’activité de recherche même . D’autre part, leur vocation les porte vers une offre documentaire de portée volontiers internationale ; mais cette dimension internationale est dynamisée dans l’environnement délocalisé du Web par des logiques de partenariat et de
mutualisation spécifiées par l’objet ou le domaine de recherche. Enfin, se détachent progressivement des propositions documentaires des projets et réalisations d’envergure qui combinent les bénéfices de la mutualisation et l’invention de nouveaux outils qui renouvellent
l’étude d’importants corpus, à la disposition de communautés
transnationales de spécialités.
Une publicité relative donnée aux travaux
Le passage entre l’enseignement supérieur et la recherche se fait par la formation à la recherche. Outre la présentation des formations, les travaux produits par les unités de formation à la recherche, mémoires et thèses, sont également mis en ligne, mais de façon encore parcimonieuse.
Les travaux des degrés inférieurs sont généralement mieux représentés. Ainsi, l’université de Montréal (Canada) a mis en ligne de façon
exhaustive la liste des mémoires de maîtrise depuis 1973. La plupart du temps, la liste est plus actuelle, comme à l’université californienne de Riverside
(USA).A l’Ecole du Louvre (France) (+ clic sur ressources), on propose de télécharger des fichiers pdf avec l’énoncé des intitulés, du nom de l’étudiant et du directeur de travaux.
Ou encore, à l’université de Neuchatel (Suisse), il s’agit des thèses en cours ou achevées l’année passée. C’est le cas également des thèses du Doctorat interuniversitaire des universités du Québec (Canada) .
Parfois, un résumé succinct des thèses soutenues est publié, comme par exemple, à l’université de Concordia (Canada) .
Force est de constater que, contrairement à ce qui est établi dans d’autres disciplines, on ne trouve pas de mémoires ou de thèses in extenso en ligne ; on peut consulter de ce point de vue le serveur Thèses en ligne du CNRS qui pourtant rassemble actuellement plus de 4000 travaux. Quelques initiatives sont le fait de sites personnels d’étudiants ; c’est le cas, par exemple, de J.D. Boussemaer , doctorant à l’Université Paris X (France) qui nous propose la consultation de ses Master 1 et 2 et nous
promet la consultation à venir de sa thèse lorsqu’elle sera terminée. Nous pointons également vers la thèse de Pascal Dufresne, soutenue en 2005, dans notre base des travaux
La présentation des ressources documentaires locales s’en tient encore souvent au même registre de la mise à disposition des références en lieu et place des documents in extenso. Même si le dépouillement, sommaires et résumés, des bulletins ou revues présentent encore un intérêt indéniable.
Ainsi, les bulletins bibliographiques, les dépouillements de la littérature critique liée à des domaines particuliers ont tendance à trouver leur conversion sur le web, comme par exemple, le BHAR (Bulletin analytique de l’histoire romaine) et le DRANT (Droit Antique), mis en
ligne par les unités de recherche de l’université de Strasbourg (France) . Et la présentation en ligne des journaux ou revues attachés à telle ou telle unité de recherche reste très prisée. Toutefois, dans la majorité des cas, l’on mentionne des tables de matières des numéros publiés, comme par
exemple, à l’université de Concordia (Canada) .
Toutefois, certaines revues ont franchi le pas de la mise en ligne intégrale. Ici, pour la France, on peut mentionner la revue Etudes Photographiques , [2] littéralement attachée à une Société savante plutôt qu’à un Centre de recherche au sens propre du terme, mais elle tient lieu de production scientifique de référence dans le domaine. Toujours en France, certaines publications ont été créées directement sous forme
électronique, in extenso, comme Images re-vues qui émane de quatre entités de l’EHESS et du CNRS [3]. On peut conjecturer sans trop de risque que, hormis le regroupement de ces Centres au sein de l’Institut National d’Histoire de l’Art, le parti-pris électronique rend plus aisé ce genre d’initiative.
De l’actualisation de la vie scientifiquqe à la mise en ligne de productions locales
Outre une information sur l’organisation des activités régulières, les journées d’études ou les colloques deviennent des évènements qui animent la vie des centres. Dans cette perspective, parmi de nombreux autres, le CRHIPA (Centre de Recherche en Histoire et histoire de l’art Italie, Pays Alpins, (France) met à profit l’adéquation du nouveau média.
Corollaire de l’actualisation, les propriétés d’archivage sont également exploitées. Le cumul des colloques passés peut être offert à la consultation avec les programmes et les résumés des communications, comme à l’Institut suisse d’histoire de l’art (Suisse) . Autre exemple, l’Institut de muséologie, de l’université de Manchester (U.K.) se présente, informe de ses programes et donne à consulter l’archive de ses activités (synthèses,
résumés).
Mais au-delà de l’information sur l’activité passée ou à venir, le web peut inspirer des présentations originales ; par exemple, cet article sur Mark Dion, artiste américain contemporain qui sert d’emblème aux activités de l’AHRC (Research Centre for Studies of Surrealism and its Legacies) , écrit par un des chercheurs du centre auquel participe l’université d’Essex (Angleterre). Ici, l’iconographie qui illustre l’article est l’occasion de proposer un diaporama. Toujours dans une perspective locale, une mise en ligne spécifiquement pensée pour le web peut prendre davantage d’ampleur ; c’est le cas, par exemple, du Centre de reherche sur l’intermédialité de l’université de Montréal (Canada) .
D’une autre façon encore, l’exemple de l’Institut suisse pour l’étude de l’art présente un intérêt certain. Il propose les Dictionnaire et base de données sur l’art suisse et du Liechtenstein qui combine
catalogues, articles et bases d’images ; ce qui n’empêche, au titre d’un projet de recherche, la réalisation d’un site sur l’artiste suisse contemporain, Martin Disler .
De façon plus déterminante encore, la situation créée par le Web semble avoir donné une impulsion nouvelle aux pratiques documentaires de nombreux centres de recherche. Si l’on prend pour exemple, le CESR (Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance), les bases de
données déjà constituées ou projetées ont pris un tour différent pour tenir compte de l’ouverture créée par la mise en ligne. Outre la constitution de plusieurs bases iconographiques (de la musicologie à l’architecture classique), un projet mené avec les bibliothèques de la
Région Centre (France), les Bibliothèques Virtuelles Humanistes oriente une partie de l’énergie créatrice des équipes vers l’offre numérique, au-delà d’un simple usage local.
Du caractère naturellement fédérateur des spécialités à la mutualisation documentaire
De nombreux centres de recherche sont pourvus de collections de toutes sortes ; la mise en ligne de ces collections permet à tous les chercheurs de la spécialité d’utiliser ces documents. Dans ce registre, on peut mentionner aussi bien l’initiative de l’Institut de papyrologie du Département de la faculté d’histoire de l’université de Varsovie (Pologne) que celle du Courtauld Institute combine les images numérisées de ses collections avec celles des photographies de Conway Library. Cumulant des fonds encore plus importants, du fait de sa vocation fédératrice, l’INHA(Institut National
d’Histoire de l’art - France) grâce à la réunion des grandes bibliothèques françaises du domaine, s’apprête à mettre en ligne progressivement d’importants fonds numérisés ; politique de numérisation qui a pris appui sur une nouvelle proximité créée avec les besoins des chercheurs.
Mais au-delà d’une délocalisation de fait de ces collections locales, une étape supplémentaire est franchie, suscitée par une autre interprétation des potentialités du web. Des équipes appartenant à des centres distincts et distants peuvent aborder l’étude d’un corpus de sources en commun, assorti des transcriptions et d’une littérature critique. C’est le cas, par exemple du Projet Charrette (archive) que l’on aborde en français par le site du CESCM (Centre d’Etudes Supérieures de la Civilisation Médiévale) ou en anglais par le Département des Langues romanes de l’université de Princeton . D’une autre façon, plusieurs
spécialistes de l’université de Californie à Los Angeles (USA) ont été le moteur d’une collaboration à l’échelle mondiale, pour constituer un corpus mondial de Tablettes cunéiformes . Enfin, un dernier exemple illustre la façon dont on peut s’emparer du Web afin de fédérer une communauté internationale de chercheurs tout en mutualisant toutes sortes de documents, textes sources et critiques, cartes et documents iconographiques ; en effet, avec [Achemenet -
> http://www.achemenet.com/], production de la Chaire d’histoire et civilisation du monde achéménide et de l’empire d’Alexandre (Pierre Briant), l’on a affaire à une sorte de laboratoire virtuel au sens où tous les chercheurs du domaine y disposent d’une plateforme de
collaboration (échange, consultation et dépôt de documents).
L’invention d’outils de travail
Toujours à l’initiative de chercheurs, des réalisations méritent d’être particulièrement mises en exergue. Elles aussi tirent parti de cet environnement qui rend accessibles les fruits de la recherche, renforce les échanges par la collaboration ou la mise en commun de corpus
documentaires. Mais davantage encore, ces réalisations mettent au jour d’autres propriétés qui servent la pratique même de l’étude et de la recherche. D’une part, en jouant pleinement des logiques hypertextuelles et hypermédias ; d’autre part, en inventant des outils d’exploration
des textes et des images, tels que requis par certaines approches dans la discipline. Dans ce registre, Ut Pictura 18 , issu d’un
programme de l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge classique et les Lumières du CNRS, est exemplaire pour la richesse des mises en relation des textes et des images. Il est aussi significatif que ce site ait été réalisé à l’initiative d’un individu, Stéphane Lojkine, rejoint
par Bruno Tane, tous deux enseignants chercheurs à l’Université Toulouse le Mirail. On est agréablement frappé par la préoccupation pédagogique qui anime ce site : l’outil sophistiqué qui a été élaboré reste indissocié de la présentation des cours... Un autre exemple intéressant
de mise en relation d’images d’œuvres avec des textes sources, en l’occurrence, les Métamorphoses d’Ovide, est donné par ICONOS , production de la Chaire d’iconographie et d’iconologie du Département d’Histoire de l’art de l’université Roma La Sapienza.
L’évolution d’outils sophistiqués, élaborés pour favoriser l’étude approfondie de certains corpus, renvoie bien évidemment à l’implication aux côtés des chercheurs, d’instituts de recherche technologique capables de répondre aux exigences de la recherche dans nos domaines si ce n’est de les devancer. Sur ce point, on peut prendre pour exemple l’IATH (Institute for Advanced Technologies in Humanities) de l’université de Virginie , à l’origine des projets les plus aboutis à ce jour, dont l’exceptionnel William Blake Archive [4].
On peut clore cet échantillon par le travail particulièrement important du Getty Research Institute dans le domaine des
techniques numériques destinées à l’étude et la recherche dans la discipline ; une action que l’on peut qualifier de méta-intervention puisque, au-delà d’une offre en ligne particulièrement nourrie, liée aussi à ses collections patrimoniales, le Getty est le partenaire de nombreux projets documentaires numériques destinés à la mise en ligne. De même, signant par là une autorité incontestée, il propose des guides méthodologiques pour la numérisation et surtout agit comme instance de normalisation en produisant des références utilisées par de
nombreuses institutions pour décrire les ressources spécifiques du domaine.
Conclusion
D’une façon générale, c’est l’hétérogénéité qui marque les sites des unités de formation et de recherche en histoire de l’art. L’action des individus reste prédominante quand l’institution dans son ensemble n’a pas encore pris la mesure de l’ouverture que représente le web.
Si l’information administrative et académique que l’on trouve sur tous les sites du domaine ne présente pas toujours, loin de là, des traits différents de leur version imprimée, nul ne peut nier que la transposition sur le web déclenche un impact singulier. La dimension
immédiatement internationale de cette édition offre une visibilité inédite à l’ensemble des institutions de la discipline. L’histoire de l’art effective, appréhendée dans son ensemble, offre un nouveau visage, pas plus objectif que celui qui tenait dans l’ombre nombre de petits
départements : dans ce nouveau contexte, c’est désormais la présence sur le web comme les modes de présentation et d’exploitation de ses propriétés qui dessinent les contours de la discipline.
Cette forme de présence favorise l’examen a priori par les étudiants, notamment, mais également par les enseignants et les chercheurs, de l’offre de chaque entité, c’est à dire des ressources dont elle se dote pour mener à bien ses objectifs de formation et de recherche.
D’aucuns penseront spontanément que ce type d’affichage, d’un accès aisé, se montre particulièrement approprié à la concurrence des universités entre elles. Cette concurrence, effective, favorise-t-elle le consumérisme dans le domaine, la pénétration d’une idéologie de
marché dans le domaine de la connaissance ? Quelles que soient les réponses qui sont données à ce questionnement, notre intérêt se porte davantage sur le regain, par d’autres voies, de la fabrication de la réputation sur la scène internationale. Et surtout, on peut convenir du fait que ces modalités nouvelles se prêtent particulièrement bien à la mobilité croissante des étudiants ; notamment, au sein de l’Union européenne avec l’homogénéisation des diplômes. Pour ce qui est de la mobilité des enseignants et des chercheurs, l’Internet ne va pas radicalement changer les modalités de cette circulation, très faible à partir de la France, mais la visibilité des spécialités et des équipes qui animent les unités de formation et de recherche peut la favoriser.
Ce qui frappe également c’est l’impact « horizontal » de la présentation des équipes ; la présentation des individus dont la précision et l’ampleur (thèmes de recherches, publications) dépend la plupart du temps de leur volonté propre et de leur capacité de s’emparer d’une
compétence minimale d’édition sur le web ; met au jour une communauté scientifique qui déborde largement les seules personnalités qui ont acquis une notoriété nationale ou internationale. Cette visibilité n’est pas de nature à renverser les modes de reconnaissance ou de légitimation cependant elle favorise une vision plus complète de tous ceux qui participent de la discipline, de leurs méthodes, de leurs parcours comme de leur mobilité. Une étude fine permettrait de dégager notamment les tendances en ce qui concerne les évolutions remarquables dans la discipline, les domaines de recherche prisés ou délaissés, les
particularités culturelles qui différencient les régions du monde dans ces registres. De toutes façons, cette exposition des individualités manifeste à tout le moins une autonomie et une liberté d’expression irrésistibles. Enfin, sans mettre fondamentalement en cause la socialité et les régimes d’autorité qui prévalent dans chaque culture institutionnelle, cette présence dans une sorte « d’espace public », interactif qui plus est, fournit au moins le gage d’une certaine
accessibilité des enseignants par les étudiants et a fortiori entre enseignants chercheurs eux-mêmes.
Ainsi, dans tous les registres d’exploitation du nouvel environnement formé par le web, on constate que les initiatives individuelles non seulement peuvent se donner libre cours mais encore pèsent d’un certain poids dans l’innovation. Toutefois, dès qu’une certaine sophistication marque les projets et s’ils atteignent une masse critique, l’on constate que l’implication des départements mais encore davantage des ressources centrales de l’université sont décisives. On remarquera aisément que les initiatives documentaires les plus remarquables sont le fait d’universités qui ont des moyens humains, techniques et financiers
conséquents ainsi qu’une notoriété établie, autant de facteurs qui favorisent les partenariats pour mener des projets ambitieux
De ce point de vue, les réalisations marquantes, modestes ou considérables, portent toutes le sceau d’une prise de conscience de l’énorme potentiel documentaire représenté par la numérisation. L’accessibilité renouvelée et simplifiée aux documents conservés par
l’institution se présente avec une certaine évidence. Ce qui est plus remarquable encore c’est l’intérêt et la propagation d’initiatives qui s’orientent vers une production de ressources numériques destinées au web, c’est-à-dire destinées au partage, à l’appropriation par tous les
intéressés : étudiants, enseignants, chercheurs, amateurs. De même, le milieu délocalisé du web autant que les moyens nécessités pour des mises en œuvres onéreuses en ressources de tous ordres, sont des caractères qui épousent particulièrement bien la nature transnationale et
coopérative de la recherche dans cette discipline, au même titre que dans toutes les autres disciplines scientifiques. Plus particulièrement, c’est la constitution de corpus d’images et de textes circonstanciés ainsi que les outils informatiques de visualisation ou de traitement
automatisé des textes qui progressivement se dessinent comme des directions de travail d’autant plus fructueuses qu’elles enrichissent l’ensemble de la communauté scientifique concernée. Ici brièvement et partiellement présentées, ces initiatives seront l’objet d’analyses
approfondies sur ce site.
On peut émettre l’hypothèse que les réticences qui peuvent encore s’exprimer à l’égard de la confection de sites universitaires en HA, plus précisément en France, peut provenir d’une prévention contre l’enseignement à distance entendu comme la substitution de l’enseignement en présence. Le survol que nous avons effectué ici doit avoir comme bénéfice secondaire (premier ?) de montrer que cette perspective n’est pas centrale : il s’agit de produire de
nouvelles ressources documentaires et de favoriser de nouvelles pratiques d’étude et de recherche assistées par des outils. Puisse ce premier panorama contribuer à éclairer les nombreuses possibilités ouvertes aux unités de formation et de recherche pour prendre pied
dans l’environnement du web.
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