Par Aurélia Chossegros et Corinne Welger-Barboza
Le voyage dans des Centres de Digital Humanities américains et la première étude que nous en dégageons ici posent une pierre blanche sur le parcours de l’Observatoire critique, depuis sa mise en ligne, fin novembre dernier. Il nous faut cerner la signification de cette étape car elle participe de la construction progressive de notre projet.
Rappelons rapidement que l’initiative de ce site résulte d’un parcours d’enseignement et de recherche de quelques années, dont les topiques sont : le repérage et l’évaluation des ressources en ligne exploitables par nos communautés scientifiques, l’analyse des politiques des producteurs de ces ressources ; les mouvements socio-techniques issus de l’environnement du web et de sa dimension fondamentale de dispositif combinant des technologies de réseau, des technologies du document et de traitement de l’information, ménageant le rôle actif de l’utilisateur/opérateur. Bien sûr, la gageure, sans illusion totalisante, est de saisir les points de contact et d’engrenage de ces différents éléments constitutifs d’un environnement en constante évolution.
L’Observatoire critique s’est imposé comme le moyen de concrétiser et de conformer, à la façon d’un atelier, cet objet d’étude dont l’intérêt reste incompris par l’institution académique, en France. S’il vise à guider les historiens de l’art dans la jungle des ressources en ligne, simultanément il prétend prendre part et contribuer au mouvement plus large d’intelligibilité du web comme milieu international d’invention et de proposition dans le champ des pratiques d’étude et de recherche, plus particulièrement pour les Sciences humaines.
Pour ce faire, plutôt que de rubriques, au sens éditorial usuel, nous nous sommes dotés d’un certain nombre d’outils qu’on peut aussi bien taxer d’approches. Le rappel synthétique de la fonction dévolue aux principaux d’entre eux peut aider à pister la voie qui s’affirme aujourd’hui. D’abord il s’agit de construire des problématiques aptes à analyser les ressources en ligne au regard des politiques institutionnelles à l’œuvre ; notre premier dossier sur l’offre en ligne en provenance des institutions de formation et de recherche dans nos disciplines, s’est essayé à l’exercice. Les répertoires ont également pour fonction, de repérer mais surtout de travailler les ressources pointées, au sens d’un matériau qu’on façonne grâce aux propriétés de la classification (et dans un terme proche, de l’indexation). Malgré le caractère embryonnaire que présente encore notre répertoire de Ressources, on veut attirer l’attention sur la distinction inédite, établie d’entrée de jeu, parmi une typologie de documents et de modes établis d’édition de documents : en effet, nous avons proposé deux catégories, les "corpus d’étude " et les "corpus d’étude outillés".A la fois portés naturellement, en tant que chercheurs, vers cette terminologie de corpus et surpris de ne la trouver dans aucun répertoire, il nous est apparu essentiel de désigner par là une forme de "maturation" du web. En effet, au-delà de la reproduction des modèles éditoriaux existants ou encore des politiques de "diffusion" des institutions patrimoniales, la mise en œuvre de rassemblements significatifs de ressources dispersées et en outre, s’agissant des "corpus d’étude outillés", leur instrumentation afin d’expérimenter, d’ouvrir de nouvelles voies à l’étude et à la recherche, nous sont apparus comme les vecteurs essentiels de la formation d’un web scientifique. De façon patiente et détaillée, les Sites à la loupe tentent, d’étudier ces projets et réalisations afin d’en comprendre l’intérêt, du point de vue du changement des pratiques.
Spontanément soucieux des équilibres géographiques, nous avons alterné l’examen de sites étrangers et de sites français ..... Sans entrer dans les détails des qualités, singularités ou mérites respectifs de chacun d’eux (chacun en jugera à la lecture des Sites à la loupe), certaines réalisations ont formé, à nos yeux, une « famille » de projets dont l’intérêt excédait le corpus ou l’outillage proposés (de type du William Blake Archive ou de Nines pour évoquer ceux que l’on a présentés). En premier lieu, ces propositions en ligne résultent d’une collaboration approfondie des ingénieurs et des chercheurs en Humanités. A partir de cet indice, nous y avons perçu un véritable "mode de production", tel que les objectifs, les démarches engagées, leur évaluation y sont indissociables d’une organisation, d’un fonctionnement institutionnel et financier, d’une culture scientifique qui les rendaient possibles. C’est du moins l’hypothèse que nous avons formée car la rationalisation, en la matière, comporte un enjeu de taille : comprendre les rouages multiples de l’aventure ouverte par ces Humanistes contemporains présente l’intérêt de mieux cerner ce qui fait défaut à notre culture académique et de recherche, en France. Car, si quelques réalisations (nous les avons signalées) méritent l’intérêt, elles sont le fruit de volontés individuelles, restent isolées et ne font absolument pas "école".
Aussi, de plus en plus nettement, la formule de Digital Humanities s’est-elle parée des traits communs que nous avons succinctement évoqués ci-dessus. C’est donc en toute logique que cette caractérisation a permis d’établir une cartographie d’organisations : celle des Centres de Digital Humanities. Suivant nos premières rencontres, sur le web, nous avons engagé la visite de quelques-uns d’entre eux, situés sur la Côte-Est des Etats-Unis. Mais avant de rendre compte des informations et des réflexions liées à ce premier voyage d’étude, nous exposerons dans un premier temps, comment se pose aujourd’hui l’intérêt, hors de France malheureusement, pour les Digital Humanities. Au point de faire l’objet de véritables politiques concertées, outre-atlantique. Face à ce « branle-bas de combat », nos études sont d’une infime modestie. Mais, tout en poursuivant nos objectifs tels que définis initialement, nous concentrerons une part essentielle de nos efforts afin de relayer et d’apporter un regard propre, afin d’aider à la compréhension de ce phénomène de la plus grande importance pour la communauté scientifique en sciences humaines, tant pour l’enseignement que pour la recherche.
Une nouvelle étape
Le lent apprivoisement du numérique par le monde de la recherche et de l’enseignement en Sciences Humaines a débuté dans les années 1990 avec la numérisation systématique des ressources documentaires, textuelles ou iconographiques. Les nouvelles possibilités - évidentes - offertes par le médium en termes de stockage, d’accès et de diffusion, ne pouvaient être ignorées. Les Institutions patrimoniales, et plus spécifiquement les Bibliothèques, jouèrent un rôle capital dans cette première étape, non seulement en lançant le mouvement de numérisation systématique de leurs collections, mais également en amorçant une réflexion sur la nature complexe de ces nouvelles ressources documentaires, et en proposant des standards de numérisation et d’indexation des données ainsi produites. Au tournant des années 2000, ce mouvement global de numérisation étant bien engagé, se posait la question de l’étape suivante. Une fois les données numériques produites, en respectant des critères de qualité très stricts, qu’en faire ? Le passage des bases de données papier aux bases de données numériques, des cabinets en bois aux disques durs et aux DVD-roms, est définitif, sans possibilité (ni volonté) de retour en arrière. Mais le nouveau médium offre bien plus que de simples facilités de stockage, et l’interactivité inhérente au numérique combinée à la diffusion de l’accès au réseau du World Wide Web ouvrent des opportunités renouvelées en termes d’appropriation et de manipulation des ressources. De plus, la numérisation proposée et produite par les institutions patrimoniales répond avant tout à des objectifs de conservation ou de préservation et d’adresse aux publics, selon les vocations propres au musée ou à la bibliothèque. Il en est résulté souvent que les préoccupations des chercheurs et des enseignants soient ignorées ou prises en compte de façon peu réfléchie.
L’énorme quantité de ressources numérisées au cours des dix dernières années, l’irruption de l’ordinateur et du vidéoprojecteur dans les salles de cours, et la familiarisation des chercheurs et des enseignants avec ces nouveaux dispositifs, permettaient de passer à l’étape suivante, celle de l’appropriation des ressources, qui repose sur une certaine maitrise des "outils numériques". Cette nouvelle réalité s’est accompagnée d’une prise de conscience de la part d’un certain nombre d’universitaires, d’une part de la spécificité du document numérique par rapport aux documents analogiques - une véritable différence de nature - d’autre part de la nécessité de reprendre la main dans le processus de numérisation jusque là accaparé et régi par les institutions patrimoniales. Or ces mêmes institutions n’étaient pas nécessairement prêtes à abandonner leur emprise sur des ressources qu’elles considéraient comme leurs biens propres. En conséquence, on assiste depuis quelques années à un déplacement, ou plutôt à une diversification des lieux de productions de ressources numériques. A côté des institutions patrimoniales, également engagées dans la réflexion sur l’avenir des ressources numériques, se sont constitués de véritables centres entièrement dédiés à la production numérique au sein des universités. Ces centres de recherche d’un nouveau genre portent le nom de Digital Humanities Centers. Ces nouveaux pôles de rassemblement de compétences disciplinaires et technologiques se distinguent des services informatiques traditionnels dont la vocation essentielle est de gérer le parc informatique et le réseau. Ces centres, nés d’autant d’initiatives isolées, sont conçus autour des besoins scientifiques, à la disposition des enseignants, des chercheurs et des étudiants. Ils explorent l’étendue des possibilités offertes par le nouveau dispositif combinant les technologies de réseau et de traitement de l’information. Il s’agit de concevoir de nouveaux modes d’édition scientifique numérique dotés d’outils d’exploitation, d’appropriation et de collaboration en ligne.
Le déploiement des Digital Humanities
De ce point de vue, la publication le 13 Décembre 2006 d’un rapport de la Commission on Cyberinfrastructure for the Humanities & Social Sciences [1] constitue un signal important et confirme qu’un nouvel élan s’impose à la réflexion sur l’exploitation du numérique dans les Sciences Humaines. Ce rapport est le fruit de plusieurs années de réflexion et d’enquête (débutée en 2004) auprès des chercheurs, des enseignants, et bien évidemment des centres de Digital Humanities aux Etats-Unis et se présente comme un véritable programme de développement. Il semble marquer la fin des initiatives isolées et la reconnaissance à un niveau national (voire international) des nouvelles responsabilités revenant aux centres de Digital Humanities. Le terme de Cyberinfrastructure lui-même pourrait résumer la philosophie de ces centres. Il a été créé par la NSF pour "décrire les nouveaux environnements de recherche dans lesquels les capacités les plus abouties des outils informatiques seraient à la disposition des chercheurs dans le cadre d’un réseau interopérable". La question de "l’outil", c’est-à-dire de l’appareillage complexe permettant l’étude et l’analyse de la ressource numérique, est donc posée, mais dans le cadre plus large et plus complexe du « réseau interopérable ». Au-delà de la simple réalisation technique d’un produit fini (la vision classique du produit multimédia ou de la publication scientifique traditionnelle), ce qui occupe les centres de Digital Humanities, c’est la réflexion sur le médium numérique lui-même, sur la façon dont il interroge les pratiques disciplinaires et sur la place du chercheur au sein d’un nouveau réseau impliquant des sociabilités et des pratiques différentes, dans le monde universitaire bien sûr, mais pas uniquement. On l’a bien vu dans le cas du William Blake Archive dont les éditeurs étaient autant intéressés par l’expérimentation elle-même, par la réflexion sur la nature de l’édition numérique, que par la production d’une base de données, d’un corpus d’étude outillé autour de William Blake. La demande de subvention au Getty Grant Program rédigée en 1994 accordait la même importance à ces deux dimensions, "l’outil" lui-même et la réflexion engagée dans la production de cet outil [2]. Quand on parle d’une nouvelle ère technologique dans le domaine des Digital Humanities, on fait donc allusion autant aux pratiques, aux échanges et aux nouvelles conceptions disciplinaires qu’aux productions elles-mêmes. Les centres de Digital Humanities prennent donc le risque de l’expérimentation. Il s’agit autant d’explorer le médium et ses possibilités que d’aboutir à un outil concret. Le fait que certaines de ces réalisations soient abandonnées en cours de route ou restent en suspens ne doit d’ailleurs pas être interprété comme un échec, bien au contraire. A ce stade encore expérimental de la prise en mains du numérique dans les Sciences Humaines (il faudrait d’ailleurs mieux parler des Humanités), le voyage est aussi important - si ce n’est plus - que la destination.
Dans ce contexte d’innovation et de réinterprétation permanentes, les terminologies traditionnelles n’ont plus véritablement de sens. Et on comprend bien que la notion d’outil, quand elle s’applique au support numérique, renvoie à une réalité totalement inédite. La réalisation d’un "corpus d’étude outillé" correspond au rassemblement d’une importante quantité de ressources (textuelles, visuelles, audio, vidéo...) autour d’un axe de recherche prédéfini au sein d’une structure ou d’un appareillage hypertextuels complexes permettant aux utilisateurs la manipulation et l’appropriation de ces ressources selon leurs besoins personnels et conformément à des attentes scientifiques exigeantes. On retrouve d’ailleurs cette conception de l’outil et de la ressource numérique dans les objectifs définis dans le rapport du Summit on Digital Tools for the Humanities qui s’est tenu en Septembre 2005 à l’Université de Virginie et qui rassembla plus de 80 participants venus de toutes les universités et de tous les centres d’Amérique du Nord :
Fournir aux chercheurs et aux étudiants un accès plus complet et plus sophistiqué aux ressources culturelles.
Offrir de nouvelles approches quant à l’enseignement dans les Sciences Humaines, et enrichir ainsi la façon dont les ressources et le médium numériques sont enseignés et expérimentés.
Faciliter de nouvelles formes de collaboration entre les producteurs de ces ressources.
Alors que lors de la première période de numérisation, les enseignants et les chercheurs étaient très souvent de simple utilisateurs, consommateurs, de ressources numériques, dans cette nouvelle ère de l’outil, ils deviennent les principaux acteurs, les producteurs de ressources, suivant en cela la logique interactive du nouveau médium. Il ne s’agit donc pas simplement d’un déplacement de clientèle, des institutions patrimoniales aux centres de Digital Humanities. Ces derniers ne sont pas de simples fournisseurs de services, mais de véritables lieux de collaboration intensive où les chercheurs, les enseignants, voire même les étudiants, sont tout autant producteurs, acteurs qu’utilisateurs.
Une géographie à établir
Le terme de Digital Humanities lui-même est très difficilement traduisible puisqu’il renvoie à une compréhension des enjeux - puisqu’il s’agit véritablement d’enjeux - du nouveau support numérique et à une réalité de fonctionnement qui n’ont pas encore de véritables équivalents en France. Là encore, alors que le monde anglo-saxon est très engagé dans cette deuxième étape d’appropriation et de production, la France n’en est encore qu’au premier stade de la numérisation, engluée dans des débats stériles sur le bien fondé de la numérisation et de l’utilisation même de l’outil numérique. Aucun centre de ce type n’existe en France, alors que certains fonctionnent en Europe, même s’ils n’ont pas encore atteint le dynamisme américain . Le fait que la plupart des textes décisifs aient été rédigés et publiés aux Etats-Unis est très symptomatique. C’est également là que l’on retrouve la concentration de centres de Digital Humanities la plus forte, et ce sur tout le territoire américain, du Cultural VR Lab de l’Université de Californie (UCLA) spécialisé dans l’imagerie en trois dimensions et à l’origine du remarquable Digital Roman Forum, à l’ECT (Educational Technologies Center) de l’Université de Princeton plus axé sur les questions pédagogiques, concepteur du précurseur Charrette Project, en passant par l’I-CHASS (Illinois Center for Computing in Humanities, Arts and Social Science) de l’Université d’Illinois, qui accueille cette année le Congrès Digital Humanities [3] , ou le Scholarly Technology Group for the Humanities de l’Université de Brown qui se consacre principalement à des réalisations scientifiques pointues, et qui a notamment participé activement à la réalisation du Decameron Web (etc.). Mais, si comme souvent dans le cas du numérique et de l’hypertextualité en réseau, les Etats-Unis font figure de précurseurs et de modèle, il serait trompeur de n’y voir qu’une spécificité américaine. Bien d’autres pays participent à cette importante prise de conscience. On retrouve aux premiers rangs les autres grands acteurs anglo-saxons du "Humanities Web", à savoir le Canada, très innovant dans ce domaine, souvent en relation étroite avec d’autres centres nord-américains, et le Royaume Uni. Là encore la liste est longue. On peut tout de même pointer certains centres phares, comme l’HCMC, Humanities Computing and Media Centre, à l’Université de Victoria (Canada) qui participe à de nombreux projets numériques et propose ses services aussi bien aux chercheurs qu’aux enseignants, aux éditeurs et aux étudiants. Cette volonté d’envisager tous les domaines d’application du médium numérique en fait un « centre total » comparable aux plus importants centres américains. De plus, le centre œuvre en étroite collaboration avec le remarquable consortium TAPoR qui se consacre à l’étude et au développement des ressources textuelles numériques, de la standardisation des données à la réalisation d’outils scientifiques. De l’autre côté de l’Atlantique, le Centre for Computing in the Humanities du King’s College de Londres est sans-doute le plus prestigieux des centres britanniques, mais il est loin d’être un cas isolé. L’Institute for learning and Research Technology à l’Université de Bristol développe également de nombreux projets, extrêmement divers dans leur orientations disciplinaires, mais mettant tous l’accent sur l’hypertextualité en réseau. La carte des centres de Digital Humanities britanniques présente une densité comparable à celle du territoire nord-américain. Toujours dans la sphère anglophone, on peut citer des réalisations australiennes, comme Hypertext.rmit à l’Université RMIT à Melbourne en Australie qui se consacre à l’étude de l’hypertexte dans une optique principalement pédagogique. La concentration est moins forte dans l’Europe, hors Royaume-Uni. L’Allemagne commence néanmoins à se distinguer sur la scène internationale. L’Historisch-Kulturwissenschaftliche Informationsverarbeitung de l’Université de Cologne participe ainsi à de nombreux projets scientifiques qui interrogent la notion d’outil numérique et de logiciel de recherche et d’étude en Sciences Humaines. L’Europe du Nord (Suède, Danemark, Norvège) représente également un nouveau foyer de développement de ces centres. Ce phénomène peut sans doute s’expliquer par la tradition anglophile de ces universités et par les liens étroits qu’elles entretiennent avec les centres de recherche anglophones. Ainsi, le Center for Computer Games Research de l’Université de Copenhague se consacre à l’étude des jeux numériques, design, cultures, esthétiques, apprentissages, un nouveau domaine qui intéresse de plus en plus le monde de l’érudition scientifique dite « sérieuse » (voir notamment Ivanhoé réalisé par NINES). Ce rapide tour d’horizon ne dresse qu’une partie de la carte mondiale des centres de Digital Humanities ; la réalité asiatique, notamment, risque de nous échapper encore un moment, en raison de barrières linguistiques difficilement franchissables. En-dehors de certains exemples de collaboration internationale, il est ainsi très difficile de savoir ce qui se passe réellement dans ce domaine en Russie ou en Asie.
Non seulement les centres de Digital Humanities renvoient à des réalités géographiques constrastées, mais leur structure même peut varier totalement d’un centre à l’autre. Si le plus fréquemment, ces centres sont créés par, pour et au sein d’une université, de nombreux cas de figures existent. Ainsi, le Digital Cultures Project créé par William Warner est bien basé à l’Université de Californie (Santa Barbara), mais il est ouvert à tous les universitaires américains, doctorants, enseignants ou chercheurs, et ce quel que soit leur campus d’origine. D’autres grands centres ne sont pas rattachés directement à une université - en-dehors de l’implication d’universitaires - mais peuvent être assimilés à des centres de Digital Humanities, de par leur prise de position vis-à-vis du médium et par l’orientation de leurs productions numériques. C’est notamment le cas de l’e-Science Institute, créé en Août 2001 afin de faciliter les collaborations trans-disciplinaires dans le domaine des Digital Humanities, de favoriser la compréhension des enjeux et des solutions possibles et de développer les compétences. Son Directeur, Malcolm Atkinson, est lié au monde universitaire puisqu’il est également professeur d’ingénierie informatique à l’Université de Glasgow et d’Informatique à l’Université d’Edinburgh, mais l’Institut ne dépend pas d’une université précise, et se définit plus comme un centre fédérateur à l’échelle nationale du Royaume-Uni. Dans cette même optique de collaboration pluri-disciplinaire, avec, cette fois-ci une orientation plus internationale, on peut également citer le centre américain HASTAC, Humanities, Arts, Science, and Technology Advanced Collaboratory.
La nature de ces centres est donc souvent difficile à saisir, et leur cartographie difficile à établir en raison de la diversité des situations.
Nous ne prétendons pas pallier tous ces manques. Notre voyage d’étude express, dans trois centres importants de la Côte Est nous a permis, toutefois, si ce n’est de répondre à toutes nos interrogations du moins à les préciser. Nous revenons également avec une conscience plus nette, sans aucun doute, de ce que nous ne savons pas. Aussi, plutôt que proposer un compte-rendu de voyage, publierons-nous progressivement une série d’articles qui rassemblent les informations collectées autant que les réflexions suscitées, autour de quelques thèmes :
Comment les centres fonctionnent-ils ? Comment caractériser ces structures ? Comment sont-elles organisées ? Quels sont leur modes de financement ?
Comment les centres s’inscrivent-ils dans l’institution universitaire ? Quelles sont les relations, les coopérations, les appuis apportés par les facultés (disciplines), les bibliothèques, les centres informatiques ?
Quelles sont les relations entre les centres de Digital Humanities ? Quelles en sont les modalités ? Peut-on parler de communauté ?
Comment la formation des étudiants et des enseignants est-elle envisagée ?
Comment les protagonistes formulent-ils aujourd’hui les questions auxquelles ils sont confrontés ; questions scientifiques, technologiques, organisationnelles ? Comment envisagent-ils le futur immédiat des Digital Humanities ?
Nous tenons à remercier toutes les personnes qui nous ont reçues pour leur disponibilité et pour la qualité et la générosité de leur accueil.
Université de Virginie : Bethany Nowviskie (Rossetti Archive, NINES, ARP & SpecLab) ; Scot French (Directeur du VCDH) ; Cory Korkow (Rossetti Archive) ; Worthy Martin (Directeur Technique IATH) ; Daniel V. Pitti (Directeur associé IATH) ; Bess Sadler (Direction, Service technique et des métadonnées,Scholar’s Lab ) ; Martha Sites (bibliothécaire universitaire associée pour les Services Production et Technologie Bibliothèque de l’Université de Virginie) ; Holly Shulman (VCDH) ; Donna J. Tolson (Directrice Scholar’s Lab) ; Steven Weinberger (gestion des projets de référencement Tibetan and Himalayan Digital Library) ; Dana Wheeles (Rossetti Archive) .
Maryland Institute for Technology in the Humanities : Neil Fraistat (Directeur de l’Institut) ; Matthew G. Kirschenbaum (Directeur associé) ; Angel David Nieves (Programme de Préservation Historique de l’Ecole d’Architecture, d’Urbanisme, & de Conservation) ; Doug Reside (Directeur assistant) ;.
Université de Columbia : Stephen Murray (Professeur d’histoire de l’art) ; Pilar Peters (Visual Media Center).
Nous espérons que notre travail d’information les incitera à continuer un dialogue que nous avons été heureuses d’engager avec eux.
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[1] Cette commission dépend de l’ACLS, The American Council of Learned Societies, organisation à but non-lucratif fédérant 69 organisations universitaires (pour la plupart américaines, mais pas uniquement), ainsi qu’un certain nombres d’institutions scientifiques associées ou affiliées.
[2] Créer "un modèle pour des tentatives ultérieures d’utilisation des réseaux pour l’édition collaborative et la présentation de ressources visuelles et textuelle". Eaves, Morris. "Collaboration Takes More Than E-Mail : Behind the Scenes at the Blake Archive." The Journal of Electronic Publishing 3.2 (Decembre 1997).
[3] Evènement international annuel, initié en 2005/6 par l’ADHO, Alliance of Digital Humanities Organizations, le congrès se tient actuellement à l’Université d’Illinois, du 2 au 8 Juin.

