Le marché immobilier français a traversé en 2024 une phase de correction après deux années de recul marqué. Les volumes de transactions sont restés bas, les prix se sont ajustés à des rythmes variables selon les territoires, et plusieurs textes législatifs ont modifié les règles du jeu pour les investisseurs locatifs. Comprendre ces mécanismes permet de distinguer les opportunités réelles des effets d’annonce.
Réintégration des amortissements LMNP : un risque fiscal à la revente
Les concurrents détaillent largement les taux de crédit et les prix au mètre carré. Un sujet reste sous-traité : la modification du régime de plus-value pour les loueurs en meublé non professionnel (LMNP) au réel.
Pour les cessions réalisées à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value. Concrètement, un investisseur qui a amorti son bien pendant plusieurs années voit sa base imposable augmenter lors de la revente. Le gain fiscal obtenu en exploitation est partiellement repris à la sortie.
Cette évolution change la donne pour toute stratégie d’achat-revente en meublé. Un investisseur qui prévoyait de revendre après dix ans d’amortissement doit désormais intégrer ce surcoût fiscal dans son calcul de rentabilité nette. Pour retrouver toutes les infos sur Services Immo, le suivi de ces évolutions réglementaires reste un réflexe utile avant de signer un compromis.
Le régime LMNP au réel reste avantageux en phase de détention, mais la rentabilité globale doit se calculer sur le cycle complet, achat, exploitation et revente inclus.

Loi Le Meur et location touristique : un durcissement qui redessine le locatif
La loi Le Meur a modifié en profondeur le cadre des meublés de tourisme non classés. Pour les revenus perçus à partir de 2025, l’abattement micro-BIC passe de 50 % à 30 %, avec un plafond de recettes fixé à 15 000 euros. Les communes disposent aussi de la possibilité de ramener la durée maximale de location touristique d’une résidence principale de 120 à 90 jours par an.
Pour un propriétaire qui louait son appartement sur une plateforme de type Airbnb sans classement, la perte fiscale est directe. L’abattement réduit signifie un revenu imposable plus élevé, à recettes constantes.
Arbitrage entre location touristique et bail classique
Ce durcissement pousse une partie des propriétaires à se repositionner vers la location longue durée ou le bail mobilité. Le calcul dépend du marché local :
- Dans les zones touristiques tendues (littoral, stations de montagne), le rendement saisonnier peut encore compenser la fiscalité alourdie, à condition d’obtenir un classement du meublé
- Dans les villes moyennes, la location nue ou meublée classique redevient compétitive, avec une vacance locative plus faible et une gestion simplifiée
- Les communes qui appliquent la réduction à 90 jours rendent la location mixte (résidence principale et location saisonnière partielle) nettement moins rentable
L’investisseur qui entre sur le marché en 2024-2025 doit vérifier la réglementation locale avant de choisir son mode d’exploitation.
DPE et passoires thermiques : la décote comme levier d’achat
Les logements classés G au diagnostic de performance énergétique ne peuvent plus être mis en location depuis le 1er janvier 2025. Les logements classés F suivront en 2028, et les E en 2034. Ce calendrier crée une pression vendeuse sur les biens énergivores, avec des décotes qui peuvent atteindre des niveaux significatifs par rapport à des biens équivalents mieux notés.
Le DPE est devenu un critère d’investissement à part entière, pas seulement un document administratif. L’arbitrage porte sur quatre variables : le prix d’achat décoté, le coût des travaux de rénovation énergétique, la durée de vacance locative pendant les travaux, et la valeur de revente après reclassement.
Précautions avant d’acheter une passoire thermique
Acheter un logement G ou F avec l’intention de rénover peut générer une plus-value réelle, mais le risque se concentre sur le chiffrage des travaux. Une isolation par l’extérieur, un changement de système de chauffage ou le remplacement des menuiseries représentent des postes lourds dont le montant varie fortement selon la configuration du bâtiment.
Un audit énergétique préalable permet d’estimer le coût réel du passage à une classe D ou C. Sans cette étape, la décote à l’achat peut être absorbée par des travaux sous-estimés.

Crédit immobilier et accès au financement : un marché à deux vitesses
La production de crédits à l’habitat hors renégociations a progressé de 33 % en 2025, signe d’une reprise réelle de l’activité bancaire. Cette reprise a davantage bénéficié aux primo-accédants qu’aux investisseurs locatifs. La part de l’investissement locatif dans la production de crédits est tombée à 12 %, soit trois points de moins sur un an.
Les banques privilégient les dossiers de résidence principale, avec des taux plus compétitifs et des conditions d’octroi plus souples pour ce profil d’emprunteur. Un investisseur locatif fait face à des exigences d’apport plus élevées et à des taux légèrement supérieurs.
Conséquences pour la stratégie d’investissement
Ce déséquilibre dans l’accès au crédit a un effet concret sur le marché : moins d’investisseurs en concurrence sur les biens locatifs, ce qui peut maintenir les prix sous pression dans certains segments. Pour un acheteur disposant de fonds propres suffisants, cette fenêtre représente un contexte de négociation favorable.
- Les villes moyennes avec une demande locative stable (universitaire, hospitalière, administrative) offrent des rendements bruts plus élevés que les métropoles
- Le neuf reste en difficulté, avec une production en recul continu, ce qui soutient les prix de l’ancien rénové
- Les zones tendues conservent un taux de vacance très faible, ce qui sécurise les flux locatifs même avec un rendement brut modéré
Le marché immobilier de 2024-2025 récompense les investisseurs qui maîtrisent le cadre fiscal récent et qui intègrent le coût énergétique dans leur équation. La correction des prix n’est pas uniforme, les règles de location ont changé, et le crédit ne joue plus le même rôle de levier qu’avant 2022. Un achat bien calibré sur ces trois paramètres reste un placement solide à moyen terme.



